207.241.225.246
Le Poisson Libre #


J'ai 18 ans et je ne suis pas sur Facebook

Bonjour tout le monde !

Pour la première fois, j'ai envie de publier un article vraiment personnel.

J'ai 18 ans dans l'espace-temps depuis lequel j'écris cet article, je fais mes études dans une école d'ingénieur. J'adore l'informatique, et notamment Internet, c'est grâce au réseau des réseaux que je me suis construit. Dessus j'y ai appris énormément de choses, beaucoup plus que ce que l'école a pu m'apporter. Dessus je me suis engagé en faveur de causes diverses, j'y ai rencontré des gens, et je continue de découvrir énormément de trucs chaque jour :-)

Or j'ai beau avoir parcouru tout l'internet (deux fois !), il y a un endroit où je n'ai jamais mis les pieds : Facebook. Et c'est pourtant cette absence sur ce qui n'est qu'un site parmi tant d'autres qui me coupe d'une partie de la vie réelle.

Vivre sans Facebook ?

Si je ne me suis jamais inscrit sur Facebook, c'est d'abord parce que j'ai toujours écouté mes parents. À force d'entendre les médias parler à tord et à travers de jeunes qui racontent toute leur vie en public et de toutes les histoires qui vont avec, ils m'ont défendu d'avoir un compte Facebook. C'était une peur irrationnelle, mais je les en remercie. De manière générale, j'ai été élevé à ne rien dire de moi sur Internet, j'ai pendant longtemps évité tous les réseaux sociaux. Et encore aujourd'hui, je suis très réservé quand il s'agit de me dévoiler, si j'ai décidé de donner mon âge dans cet article, c'est après mûres reflexions.

Mais bon aujourd'hui, ce n'est plus ce qui me retient, après tout je suis sur Twitter, Gnu-Social, Diaspora* et j'étais sur Google+ pendant un moment. Maintenant c'est mon engagement pour le logiciel et Internet libre, qui m'empêche de m'inscire. Je n'ai aucune envie de fournir à Facebook toutes mes données personnelles.

Une exclusion

Mais problème. Autour de moi, tout le monde a un compte. Au lycée, je manquais déjà des évènements, mais ça ne me posait pas énormément de problèmes (une époque de ma vie où je n'étais pas très sociable ^^). Mais cette année, toute la vie étudiante s'organise sur Facebook. Pour des annonces d’évènements ou des sorties, je suis, au mieux, toujours le dernier au courant. On y poste des photos où j'apparais, j'aurais bien voulu les voir. Même des informations importantes : un déplacement de cours ou un partage de documents. Heureusement que le délégué en est conscient et essaie d'avertir par mail aussi.

Un exemple, dans mon école nous avons des cours de "civilisation", chaque personne fait un exposé sur sa région natale, et à la fin du semestre nous étions interrogés sur le tout. Les slides des présentations ont d'abord circulé sur Facebook, et la majorité des élèves était contente. Il fallu plusieurs mails et que je passe par quelqu'un qui avait accès au groupe Facebook pour n'en récupérer qu'une moitié. Du coup, j'ai monté un petit site sur l'intranet pour mettre ce que j'avais à disposition de tous. Je ne sais pas à quel point cela a aidé, mais j'ai reçu un remerciement de la part d'une personne qui non plus n'était pas sur Facebook !

Parce que oui, j'ai découvert qu'il a d'autres élèves qui n'ont pas de comptes. Perso j'ai déjà été catalogué comme libriste auto-radicalisé, mais pour les autres, ils se taisent et manquent une grande partie des informations. D'ailleurs, il n'y a pas que les élèves individuellement qui font tout passer par Facebook. Le BDE ne communique pratiquement que par ce biais, la bibliothèque y annonce ses animations, y poste les vidéos et photos des conférences. Et c'est pareil pour une très grande majorité des associations.

Une omniprésence compréhensible

Quelque part c'est logique, Facebook s'est banalisé au point de s'implanter profondément dans les habitudes, tout comme le mail ou les sms. Quand on veut toucher la masse, on va là où elle se trouve, surtout que le service est très bon pour gérer les communautés. Ça permet d'avoir un "site web" facilement sans avoir à s'embêter avec le côté technique, il suffit que la personne s'abonne à la page. Du coup, on considère que tous les étudiants possèdent un compte.

Ah tiens, je n'ai pas le droit de m'assoir à la bibliothèque !

Mais non ! Je ne suis pas sur Facebook et je n'y serai jamais !

De ce fait, je manque toutes ces informations. Un jour, on me montre des photos d'une conférence sur lesquelles j'apparais, une fois on m'informe d'un repas organisé par ma filière... Quand je demande la source, on me répond "c'est sur Facebook, tu n'as pas vu ?". Après quelques instants "ah c'est vrai, tu n'es pas sur Facebook" et on passe à autre chose. Parce c'est ça le pire, personne ne s'en rend compte. C'est devenu un outils tellement banal, que beaucoup ne conçoivent pas que quelqu'un n'ai pas de compte. Même s'ils savent que je n'en ai pas, il faut un temps de réflexion pour se rappeler mon cas. Et puis ensuite, c'est débrouille toi ! Si je demande à ce que l'on m'envoie les photos, une fois sur deux on oublie.

Isolement 2.0

J'ai un peu exagéré tout à l'heure, les associations de mon école envoient encore une newsletter (très moche et peu pratique) par mail qui permet de rester un minimum au courant. Mais cela tend à disparaitre. Pour revenir sur mon aventure des diaporamas de civilisation, lors des envois par mails, certaines personnes ont carrément dit : "mettez les plutôt sur le groupe facebook pour que tous le monde les ait !". Je crois qu'il n'y a rien à ajouter...

Et si à l'avenir on assistait à une nouvelle forme d'isolement ? Et si le cliché de l’asocial ne revenait plus au geek, mais à l'inverse à celui qui par manque de connaissances, d'envie ou de temps a choisi de ne pas apparaitre sur Facebook ? Les médias aiment parler du suicide des jeunes à cause de l'utilisation du réseau social bleu, mais ont-ils pensé à celui qui se sentira rejeté parce que ces parents lui auront interdit d'y participer ? À celui qui sera seul dans le coin de la cours de récréation parce qu'il aura respecté la limite d'âge ?

Facebook est en passe de régir toutes nos relations sociales, ça ne rendra que meilleure la vie de ceux qui ont un compte. Mais cela va laisser sur le carreau les autres. Internet qui a rapproché tant les gens, pourrait finalement les éloigner ? Lui qui n'a jamais créé d'inégalités, pourrait-il être le vecteur d'une supériorité sociale ?

publié le 07/06/2015 à 16h58 dans libre

Codeur Impulsif

Pareil pour moi, pas de compte Facebook mais j'en suis fier, j'avais moi aussi mis une zone élèves sur mon site (http://toutetrien.hostzi.com) pour partager des documents (ça avait un peu marché). Après c'est aussi à nous de faire en sorte que l'information ne soit pas transmise par ce seul site et utiliser les moyens libres. Sinon ton blog est sympa même s'il y a un peu de spam dans les commentaires ;-)

publié le 15/08/2015 à 00h32

Sangfroid

Bonjour Poisson libre,
J'ai eu cette sensation en quittant Facebook, l'impression de me couper, de me priver de quelque chose et des gens, et puis, je me rends finalement compte aujourd'hui que c'est peut-être un peu l'inverse. Cloisonner tous ses faits et gestes, pensées et partages au sein d'une application privée et fermée, c'est ça être associal, pas l'inverse ;)

publié le 06/04/2016 à 20h55

-Fred-

Récemment au boulot, on m'a vivement conseillé de suivre un groupe sur facebook pour faire ma veille. D'autres personnes que j'ai pu rencontrer insistent pour que je les rejoignent sur tel ou tel réseau social pour rester en contact avec eux au lieu que l'on s'échange simplement nos adresses mails.

Ça me pose plusieurs problèmes car comme toi toi, je n'ai pas de compte Facebook. À vrai dire, je n'ai plus de compte depuis 2009 (mais je m'étais inscrit juste pour voir un truc, pas pour l'utiliser). Précision supplémentaire, je n'ai aucun compte sur les autres réseaux sociaux. Je m'aperçois que je rate bon nombre d'évènements ou d'informations qui circulent sur ces réseaux centralisés. Moi, qui tente de faire les choses bien en quelque sorte, je suis mis en minorité par tout ceux qui ne se posent pas de questions sur leurs usages d'internet. La seule réponse que l'on peut me donner, c'est de me dire que ce n'est pas compliqué de s'inscrire.

Mes proches ont investit Facebook et ne communiquent plus que par ce biais (pareil pour les assos et les groupes pro). Il n'y a pas en soit de volonté de m'exclure mais pour autant, c'est ce qui se passe dans les faits. D'ailleurs, je donne l'image de quelqu'un qui s'exclue de son plein gré pour d'obscures raisons alors que paradoxalement, je suis plutôt sociable.

Finalement, être dans un groupe quel qu'il soit, c'est adopter tout un tas de comportements communs et refuser une partie de ces comportements nous en exclue de fait. J'ai fait le choix de ne pas m'assoire sur mes opinions pour espérer avoir une vie sociale plus intense. Je conçois que pour un ado ou un jeune adulte, c'est une position difficilement tenable tant la vie sociale a de l'importance à cet âge.

publié le 23/08/2016 à 09h58





RSS Suivre les RSS