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Le Poisson Libre #


Déclaration d'indépendance du Cybermonde

Gouvernements du Monde Industrialisé, géants fatigués de chair et d'acier, je viens du Cybermonde, le nouveau monde de l'esprit.

Au nom du futur, je vous demande de nous laisser en paix.

Vous n'êtes pas les bienvenus parmi nous. Vous n'avez aucune autorité là où nous nous réunissons.

Nous n'avons pas de gouvernement élu et il est improbable que nous en ayons un jour.

Aussi, je m'adresse à vous avec l'autorité avec laquelle parle la Liberté.

Je déclare que l'espace social global que nous construisons est naturellement indépendant de toutes les tyrannies que vous cherchez à nous imposer. Vous n'avez pas le droit moral de nous gouverner, pas plus que vous ne possédez des moyens de pression que nous pourrions réellement craindre. Vous n'avez pas participé à nos grands rassemblements et vous n'avez pas créé les richesses de nos marchés. Vous ne connaissez ni notre culture, ni notre éthique, ni les règles qui établissent dans notre société plus d'ordre que vous ne pourriez en imposer par vos règlements.

Vous prétendez qu'il y a chez nous des problèmes qui appellent une solution.

Vous usez de ce prétexte pour envahir notre territoire, bien que la plupart des problèmes que vous invoquez n'existent pas. S'il y a des conflits réels, s'il y a des torts, nous les identifierons et y remédierons par nos propres moyens. Nous créons notre propre contrat social.

Nous créons un monde où chacun peut entrer, sans privilège ni préjudice dû à sa race, sa richesse, sa puissance militaire ou sa naissance. Nous créons un monde où chacun peut exprimer ses idées, aussi originales soient-elles, sans craindre d'être contraint au silence ou au conformisme.

Vous craignez vos propres enfants, eux qui sont des natifs d'un univers où vous serez toujours des immigrants. Et, parce que vous les craignez, vous confiez aux bureaucrates le soin d'assumer l'autorité parentale que vous n'osez plus assumer vous-mêmes.

En Chine, en Allemagne, en France, en Russie, à Singapour, en Italie et aux États-Unis, vous essayez de bloquer le virus de la liberté en érigeant des postes de garde aux frontières du Cybermonde. Ils pourront peut-être contenir la contagion quelque temps, mais ils ne survivront pas dans un monde qui sera bientôt entièrement baigné dans un flux d'octets.

Vos industries de l'information, plus obsolètes de jour en jour, se maintiennent en survie en proposant des lois, en Amérique et ailleurs. Ces mesures colonialistes et de plus en plus hostiles nous placent dans la même position que tous les défenseurs de la liberté et de l'autodétermination que l'Histoire a connus et qui ont eu à rejeter l'autorité de puissances distantes et mal informées.

Nous devons déclarer nos alter ego virtuels inaccessibles à votre autorité, alors même que nous acceptons votre souveraineté sur nos corps. Nous nous répandrons à travers la Planète et personne ne pourra stopper nos pensées. Nous créerons une civilisation de l'esprit dans le Cybermonde.

Puisse-t-elle être plus humaine et plus juste que celles que vos gouvernements ont créées jusqu'à présent.

John Perry Barlow, Cofondateur de l'EFF (Electronic Frontier Foundation)